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 La capture de l'elfe

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Virgile la Vigie



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MessageSujet: La capture de l'elfe   Sam 4 Sep 2010 - 1:06

La Vigie s'ennuyait ferme dans cette auberge bondée mais sans ambiance. N'écoutant que son courage (et son ébriété avancée), il monta sur une table et entama un récit pour distraire l'assistance:

Hors donc, lors du Temps de la Grande Bataille du Gouffre de Tolternoth, les Flibustiers, - vaillants marins au service du Seigneur de Vigo, fiers et forts dans leur détermination, désireux de laisser ouvert le passage pour permettre le retour des Gardiens du Savoir, avaient longuement combattu sans craindre ni mort ni douleur. Ce fut alors qu'ils veillaient sur l'un des monolithes sacrés que se déroulèrent les faits que je m'en vais vous conter...

Scrutant le sommet du gouffre, ils s'étaient installés là, au pied de l'artefact, au milieu des corps de leurs ennemis, environnés par la forêt et parmi les râles des mourants. Leurs bottes, habituellement blanchies par le sel et durcies par le soleil avaient prit une teinte d'un rouge sombre et grumeleux, celle du sang mêlé à la boue des marais. Sous leurs pas, la terre essayant de les retenir, comme pour les empêcher de rejoindre la mer, émettait des bruits de succion gras et humides. Les nuées de moustiques, - excitées par l'épanchement vermeil des plaies, vrombissaient dans l'air lourd de cet après-midi sanglant. Mais malgré la fatigue, malgré leurs maux, les Flibustiers avaient le cœur en joie. La victoire qui au matin encore ne semblait qu'un rêve, devenait plus tangible à chaque instant...

Leurs esprits déjà se tournaient vers leur belle patrie. Déjà, ils revoyaient ses rades aux falaises blanches, aux eaux chaudes, profondes et accueillantes comme le ventre d'une femme. Dans leurs oreilles se faisaient entendre les chants des marins, le soir en taverne, et les plaisirs qui allaient de pair faisaient en leurs yeux comme une lumière d'espoir. Une chope de rhum dans une main, des cartes dans l'autre et sur leurs genoux une donzelle gironde qui n'aspirait qu'à soulager leur bourse. Tout ceci, ils pourraient bientôt l'étreindre...même si une petite chose leur manquaient encore...

Une elfe, voici le seul regret qu'ils avaient en ce jour. Malgré leurs efforts, ils n'avaient pu en sauver une pour lui faire découvrir les merveilles de la civilisation. De beaux habits, de la nourriture raffinée et des soins du corps, tout ce qu'une créature des bois ignorait et qu'ils, - dans leur infinie bonté, concédaient à lui offrir en échange de menus services rendus à la communauté. Car tout a un prix en ce bas-monde, et les Flibustiers le savent bien mieux que quiconque, eux qui vendent leurs bras à ceux qui ne savent se défendre mais peuvent payer...

Ce fut alors que le miracle s'accomplit. Fruit du hasard, caprice du Destin ou présent de l'un des nombreux dieux qu'ils adoraient contre de menues offrandes des différents clergés, sortant des bois telle une biche affolée poursuivie par quelques tirailleurs assoiffés de sang, l'elfe tant attendue apparut, plongeant dans le gouffre, tout droit dans leurs bras...

Échevelée, vêtue de peaux de bêtes et couverte de crasse, elle s'effondra, vaincue par ses blessures au milieu du groupe. Aussitôt, - poussés par leur générosité et cet amour d'autrui sans bornes qui les caractérise, ils la recueillirent, hélant un prêtre pour la guérir et lui offrant à boire et à manger, tout en essayant de calmer l'animal en elle. Las, l'on ne change pas une lionne en chaton en si peu de temps, même avec la meilleure volonté du monde. Feulant, crachant, elle tentait de les mordre, - réussissant parfois, alors qu'ils ne souhaitaient qu'une chose, la soustraire à sa misérable condition et lui offrir une vie simple, honnête, faite de labeur et de fierté. Contraints et forcés, ils durent recourir à la force, entravant la créature de menottes et de liens qu'elle eut tôt fait d'arracher. La mort dans l'âme, décision fut prise d'user de mesure radicales, afin de l'empêcher de bouger et de tenter de la raisonner mais ils ignoraient qu'outre sa longévité, l'être possédait le pouvoir de se guérir. A peine finissaient-ils de lui appliquer quelque blessure invalidante qu'aussitôt ses plaies se refermaient sous leurs yeux.

Ce fut alors qu'arriva le Chancelier de l'Arganne qui, dans le tumulte de la bataille et les facultés sans doutes diminuées par la fatigue ou la boisson, clamait haut et fort que l'elfe se trouvait être une guerrière alliée et qu'il s'en allait déclarer la guerre aux Flibustiers s'ils ne la libéraient pas dans l'instant. Pauvre fou que cet homme, qui ne s'était pas rendu compte que dans les versants du gouffre se tenaient prêts à tirer des arbalétriers dévoués à leur seigneur...

Grand fut son embarras lorsqu'il se rendit compte de son erreur, et encore plus grande fut sa mauvaise foi lorsqu'il prétendit que l'homme qui venait de tuer la malheureuse elfe ne pouvait être l'un des siens. Comme si un Flibustier pouvait se rendre coupable d'une telle vilenie sur un adversaire désarmé et entravé. Lors, l'elfe fût rapidement soignée et remise dans les bras de ses sauveurs... et s'y trouve toujours d'ailleurs. Mais je ne saurais vous en dire plus car cet épisode de notre histoire se finit. Nos valeureux compagnons durent reprendre les armes pour un autre combat qui lui ne connut aucun acte d'une noblesse semblable à celui qui venait d'être accompli...

Pour conclure, et si nous étions dans l'un de ces contes moralisateurs, je vous dirais alors : Ne retenez qu'une chose de ce récit, la bonté des Flibustiers n'a de limites que la bêtise des autres... mais ce serait médire d'autrui...
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kypso



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MessageSujet: Vison des choses de Kypso   Jeu 9 Sep 2010 - 16:25

C’était la guerre. On entendait les cris des combats se répercuter dans le gouffre. Tout autour de moi montaient les râles des mourants. Alliés comme ennemis baignaient dans la même marre visqueuse et collante, qui séchait et craquait déjà par endroits. Les combats se calment alentour alors que je rampe entre ces épaves de vie, à la recherche d’un ami à secourir, à ramener à la vie. Dans une guerre de telle envergure, où l’enjeu est si grand que les armées innombrables, la route n’est pas longue avant de trouver le corps d’un allié, mais elle est difficile d’accès. Le moindre faux pas est fatal.

C’est ainsi que je vis, sur le sol, quelques mètres devant moi, le corps inanimé et sans vie de Xergda, une guerrière que je connaissais pour avoir combattu à ses côtés au Trollball. Le hasard fait bien les choses qu’encore à cette date nous combattions ensemble.

Tranquillement, sans me presser, je rampai vers elle. Coûte que coûte, nous devions gagner, le portail devait être fermé et Sin’Dorei m’avait octroyée un pouvoir afin de mener cette cause à bien. Comme plusieurs autres, je portais la lumière de Cala. Je pouvais ramener les morts à la vie, les faire marcher et lever leurs armes à nouveau contre l’ennemi honni.

La main tendue vers elle, sentant encore la chaleur se dégageant de son corps inerte, la chance me fuit. Une patrouille d’hallebardiers me repéra. Malgré mes siècles d’expérience, un contingent aussi lourdement armé ne pouvait que sonner ma perte. Comme n’importe quel humain puant et gras, ils beuglèrent alentour, dévoilant ma présence. Ni de une ni de deux, je pris mes jambes à mon cou. Un mort reste un mort et j’avais encore beaucoup à faire. Seulement, il semblait que là, je ne pouvais agir.

À toute vitesse, je fonçai vers le vallon, entourée de toute part par des régiments ennemis, que je n’avais pas vu alors que je rampais au travers des morts en charpie.

Plus vite que mes sens ne purent le percevoir, j’étais hors du bois, en train de dévaler le vallon, à grands efforts de foulées énergiques, poussée par l’espoir de vivre.

Prestement, sans un bruit ni un bruissement, je sautai le ruisseau, pour atterrir directement sur l’autre rive, les yeux béants, à quelques centimètres du sol, comme soutenue par une poutre invisible. La dernière chose que je vis, ce fut un groupe de guerriers aux allures de marins, le regard presque aussi surpris que le mien.

Et la dernière chose que je senti, violemment et avec une force inouïe, ce fut une douleur violente aux côtés, fendant ma chair et transperçant mes organes. Alors que la lance s’arrêtait nette en fracturant ma colonne, produisant un bruit écoeurant semblable à des œufs qu’on broie, un liquide au goût cuivré et âcre empli ensuite ma bouche béante. Finalement, le néant, l’oubli, le gouffre.

C’est une odeur de pin frais, d’herbe grasse et d’acier qui me ramena à moi, contrastant avec celle de cuivre et de vase dont je me rappelais avant de perdre conscience.

La première chose dont je pris conscience, outre le fait que j’étais toujours vivante, ce fut les menottes à mes poignets. À ce moment, mon instinct de survie, la lionne se déchaîna en moi et mon corps, de toute sa force, se rebella contre mes entraves.

Aussi rapide qu’avait été ma capture, ma fuite se fit plus prestement et violemment encore. Encerclée par mes ravisseurs, j’en feintai un, poussai un autre et me faufilai au travers de la brèche. Et encore là, aussi preste avait été ma fuite, aussi vite je fus neutralisée, immobilisée au sol. Une nouvelle vague de douleur aiguë me fit cabrer. Les salauds m’avaient tranchés les ligaments des jambes afin d’entraver, et ce gravement, tous mes mouvements. Je me repliai donc sur et en moi-même, cherchant la lumière de la Trois fois née, canalisant ses énergies vers mes plaies et blessures.

Ces simples hommes ne pouvaient pas comprendre mon manège et il s’en fut de peu pour que ça réussisse. Pleinement rétablie, en santé et prête à en découdre, je me calmai et m’en remis à mes sens. Autour de moi, la dispute se levait au sein du groupe. Je profitai donc du chaos et tentai ma chance, direction, le haut du vallon, là où ils étaient le moins nombreux. Là où les bois me protégeraient.

Les mains de nouveau nouées, ma rage de vivre tout de même plus forte que cet handicap, je détalai et, de nouveau, ils me prirent. Cette fois, la ruse n’était plus de mise, ils avaient compris ce que j’étais et prirent donc tout leur temps pour m’immobiliser. C’est pieds et poings liés qui m’emmenèrent.

Malgré toutes leurs tentatives, ils n’auront rien de moi. Jamais. Pas un mot, pas un son ne sortira de moi. Je resterai de marbre, stoïque et grande. Je resterai une Eldar.

Un d’entre eux a même essayé de me nourrir. Ses doigts s’en souviendront longtemps encore, je l’espère.

Je reste fière, ils en baveront…


(écrit par : Sébastien Ricard-Lalonde dit Oeb)
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Virgile la Vigie



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MessageSujet: Toute la vérité enfin révélée   Ven 17 Sep 2010 - 0:04

Plissant les yeux à l’écoute de cette version fort imaginative, la Vigie se leva de sur son séant et c’est debout, tel un prédicateur prêchant la Bonne Parole, qu’il déclama avec moult gestes la suite du récit.

La victoire était nôtre! L’ennemi était vaincu par nos bras puissants et rampait à nos pieds en demandant grâce. Le cœur débordant d’allégresse, nous nous mîmes en marche pour retourner à notre navire et notre mer bien-aimée. Les Flibustiers marchaient en colonne et, dépassant la septième chute et par delà la septième colline, entonnèrent ce chant (ma foi, fort approprié compte tenu des circonstances) :

‘Aie ho! Aie ho! On s’en va à Vigo!
Lalalalalalalala, lala, lala!
Aie ho, aie ho! Aie ho! On s’en va à Vigo!...’

Nul doute que l’elfe, emmailloitée avec soin dans de doux langes (afin de la préserver des ecchymoses et autres blessures forfuites), se trouva fort impressionnée devant cet étalage de culture savante, puisqu’enfin elle se tenait coite et docile. C’est sans effort que le Quartier-Maître, brave marin aux épaules solides et au cœur sur la main, la transportait délicatement de ses bras robustes. Afin d’égayer l'humeur de son invitée, sa nouvelle patronne lui tenait une fort édifiante conversation sur ses futures conditions de ‘travail’ et sur les multiples bénéfices qu’elles allaient toutes deux se partager. Elle s’enflamma particulièrement lors de la description détaillée de la future chambre douillette et décorée avec goût qui serait bientôt sienne là-bas, dans l’île paradisiaque qui l’attendait. Et sans parler du lit!
À maintes reprises, on lui offrit de se sustenter des meilleures victuailles disponibles, mais toujours obstinément elle refusait. Or donc, au bout de quelques heures, alors que sa langue était devenue râpeuse telle celle d’un félin assoiffé, elle consentit à prendre quelques lampées de rhum. La suite de l’histoire nous confirmera les vertus de ce divin nectar… Ce fût cependant son seul signe d’un désir de communication, car elle n’émit aucun son ni geste durant tout le trajet. Le capitaine ne cacha pas son fort mécontentement devant cette future passagère surnuméraire, mais à terre, le Quartier-Maître commande et les hommes obéissent, et il semblait avoir développé une tendresse particulière pour la sauvagesse.

Arrivés sur le rivage, le butin de guerre (et la précieuse cargaison) furent prestement embarqués sur le bateau, qui ensuite hissa ses voiles pour prendre cap vers les vagues et leur douce demeure de Vigo.
Une fois en haute mer, et loin de toute autre attache pour l’œil que le ciel bleu et la mer calme, on la libéra de la cale et de ses liens. Telle une chiasse le lendemain de la St-Bernard, elle ne fît ni une ni deux et se jeta à l'eau. Pauvre créature terrestre insouciante des dangers des embruns, elle qui croyait traverser l’océan à la nage! On eut tôt fait de descendre une barque à la mer pour secourir la malheureuse. Or, à peine s'était-elle remise de ses émotions qu’à nouveau elle se jetait dans l’onde profonde. Le Quartier-Maître plongea prestement et, au péril de sa vie (et de son couvre-chef), la sauva à nouveau in extremis d’un funeste destin. Les manœuvres de sauvetage (le rhum à l’entonnoir) la ramenèrent finalement à la raison, non sans un concert cacophonique de cris bestiaux, morsures et autres jurons comprenant les mille et une utilisations imaginatives des pointes de flèches elfiques. Elle se retira finalement, vaincue, sur un coin du pont, évitant soigneusement de s’approcher du baril dont elle a deviné la fonction, et que Bram s’apprêtait à déclouter pour en libérer son actuel locataire.

Pour assurer le confort de son invitée (et en tant qu’hôte sachant recevoir avec classe), le capitaine lui céda sa cabine, verrou retiré, et alla dormir dans la cale avec les matelots. Faisant fi des règles de bienséance, elle refusa obstinément de coucher dans le lit confortable et s’étendit par terre encore toute habillée. Madame Émilie tenta à nouveau de discuter avec toute la douceur qui la caractérise, lui apportant même de somptueux vêtements. C’est par dizaines que s’alignèrent robes, bijoux, dentelles... sur toutes les surfaces disponibles de la luxueuse cabine. Poussant son ingratitude à des sommets inégalés, l’elfe se contenta d’entasser les précieuses étoffes en un nid approximatif sur lesquels elle feignit de dormir jusqu’au départ de sa bienfaitrice. À travers la porte, on entendit par la suite une litanie lente et plaintive, dans une langue douce et chantante. Probablement demandait-elle à sa divinité de lui pardonner son comportement inapproprié des dernières heures.

Au petit matin, c’est avec surprise et joie qu’on vit la porte de la cabine s’entrouvrir et une frêle créature en habits trop grands pointer le bout du nez à l’extérieur (ses oreilles, quant à elles, pointaient déjà depuis longtemps). Elle avait décidé de cacher sa misérable condition de pauvresse sylvestre en revêtant de simples vêtements de matelot et un vieux tricorne usé. Ses yeux fiévreux lançaient cependant des éclairs à quiconque refusait d’ignorer obstinément sa présence, révélant ainsi que son âme égarée était toujours en proie à de vils tourments.
Comme elle refusait toujours de manger (le rhum n’étant, hélas!, pas encore considéré comme un aliment), on envoya chercher la doctoresse. La savante disciple d’Esculape tenta avec obstination et patience de faire usage de son savoir pour diagnostiquer quelque affection chez la patiente. Hélas, elle ne reçut en guise de récompense pour ses efforts gratuits que griffures, morsures et des cris d’animaux dont même Noisehoc ignorait l’existence au moment de la Création. L’œil avisé de la sage femme lui permit tout de même de constater l’état général d’amaigrissement et de faiblesse de la pauvre elfe. Elle lui trouva aussi un état ‘hystérique’, qu’elle vulgarisa devant l’équipage médusé en ‘maux de femme’. Les marins furent fort surpris d’apprendre cette déroutante nouvelle, eux qui croyaient que les elfes étaient ovipares (malgré le consensus, je continue à croire que les elfes poussent dans les arbres comme des poires ou des concombres).
‘Doc’ (comme on lui crie affectueusement lorsque l’on gît démembré sur le champ de bataille) prescrivit au tonnelier de lui doubler sa ration de rhum en y ajoutant des herbes rapportées jadis par un certain apothicaire magyar, bienfaiteur et mécène des Flibustiers à leurs débuts. Plusieurs membres de l’équipage avaient déjà pu profiter des propriétés tonifiantes de cet élixir précieux, dont l'étiquette clamait:

‘Bon Vin Médicinal du Docteur Dundldash - Cuvée pour Pucelles’.

Suite à l’utilisation continue et minutieuse de la prescription, la passagère prit rapidement du mieux. Au bout de deux jours, elle commença à sortir brièvement sur le pont, refusant la nourriture qu'on lui offrait avec amour mais en chapardant en cachette (probablement afin de sauver ce qui lui restait de son orgueil sauvage).Je fus d’ailleurs accusé du vol, et je payai de mon derrière un tour de baril.
Alors que les rugosités de l’humeur de l’elfe semblaient s’émousser tranquillement, les sentiments du bon et patient Capitaine de Beauchesne semblaient plutôt passés à la meule à aiguiser. Tout le jour et parfois la nuit durant, il devait user de son autorité naturelle pour gérer les différentes crises causées par la nouvelle venue. 'L'elfe m'a mordu', l'elfe m'a volé ma ration de rhum', ‘l'elfe a fait tomber le vent', ‘l'elfe a essayé de m'égorger' 'l'elfe a pissé sur le pont’ (devinez qui fût faussement accusé ?)... sans cesse récriminations et problèmes divers étaient rapportés au capitaine pour qu’il partage sa sagesse et tranche les différents. L'équipage se divisa rapidement en deux camps: ceux qui croyaient qu'elle portait bonheur et ceux qui croyaient qu'elle portait la poisse et devait être jetée par-dessus le bastingage sans autre forme de procès. Une grande discussion s'ensuivit entre les matelots pour savoir quoi faire pour conjurer le mauvais sort (l'habiller en 'l'animal-aux-longues-oreilles-qui-ne-doit-pas-être-nommé' entre autre fût proposé afin de conjurer le malheur par l’addition de deux malchances qui s’annuleraient forcément). Lorsque le Quartier-Maître affirma qu’ayant été non seulement témoin de ses guérisons miraculeuses et de ses prières nocturnes, il pouvait affirmer sans l’ombre d’un doute qu’elle était prêtresse, les esprits de calmèrent parce que, comme tout (bon) marin le sait, la combinaison de ces deux conditions (néfastes séparément) annule le mauvais sort.
Les jours se suivaient… et le rhum (et ses ingrédients spéciaux) continuait de couler à flot dans le gosier semble-t-il toujours sec de la joyeuse naufragée. La disparition de barriques fut même rapportée par le tonnelier (trois jours de baril pour la Vigie!). Sa ration quotidienne, elle l'acceptait désormais avec des airs hautains... mais sans discuter non plus (et elle en 'taxait' aussi aux autres matelots juste en leur faisant des regards tellement noirs qu’un Innommable l’aurait trouvée sympathique). Elle ne parlait pas, mais se promenait librement sur le navire, toujours un récipient à la main, avec des airs de reine ou encore de propriétaire des lieux. Elle répandait lors de ses promenades oisives ces odeurs de fleurs et de patchouli si typiques des elfes. Le canonnier s’inquiétait particulièrement de son intérêt marqué pour les canons et la Sainte-Barbe (‘une elfe imbibée, c’est comme de l’amadou sec, ça flambe à rien!’).

Lassé de coucher en cuillère avec Bram et avec les hommes du commun en fond de cale, le Capitaine désirait récupérer sa cabine et les privilèges de son rang. Armé de pied en cap et accompagné d’une vingtaine d’hommes, il s’approcha prudemment de ses quartiers, mais l’ingrate avait déjà déguerpi sans demander son reste. C’est la Vigie qui eut la surprise en arrivant dans sa hune de trouver l'elfe à SA place en train de regarder l'horizon. Les premières tentatives de nouer un dialogue constructif échouèrent. Une journée passa en silence, la Vigie d'un bord, la demanderesse d’asile de l'autre, à contempler le va-et-vient éternel des vagues.
Lorsque la nuit tomba, ils continuèrent à contempler les étoiles en silence. Cependant, la Vigie commençait à avoir des crampes de joues à force de se retenir de pérorer. Faisant fi des conseils d’une certaine diseuse de bonne aventure (et des cinq solars investis dans l’affaire), il rompit le silence. Les mots se mirent à sortir à la manière du contenu de son estomac le lendemain de sa dernière cuite.
Il lui nomma toutes les constellations qu’il connaissait, il lui compta des histoires tristes ou drôles, chanta des chansons de marin qui parlent de nostalgie et de pertes. Il lui parla de la Chasse-Partie, le contrat liant les membres d'équipage, et lui dit que même elle pourrait signer si elle le voulait.

C’est alors que le Destin, les Dieux ou l’Unique (peut importe le nom qu’on lui donne) daigna poser son regard sur ces simples créatures terrestres et décida d’infléchir le cours de l’Histoire. Les voies divines étant impénétrables, c’est sous la forme d’une mouette (probablement l’incarnation d’un bon marin mort noyé) que le Sacré se posa sur eux. En effet, le volatile choisit ce moment précis pour déféquer sur la Vigie, amenant quelquechose comme peut-être éventuellement le début du commencement d’un sourire sur les lèvres de l'Eldar. Il s’engouffra dans cette ouverture inespérée et il osa alors lui demander son nom. Sa réponse constitua le premier mot qu'elle prononçait depuis la bataille (à part ses prières à Sin’Dorei).

‘Kypso’

Ensuite, n’attendant pas qu’elle se remette de sa surprise, il lui demanda candidement:

'Parle-moi de Sin'Dorei'.

À des lieux à la ronde, on vit les ondes combinées de la Sagesse et de la Connaissance attirées en ce minuscule lieu aérien former une explosion de lumière philosophique et intellectuelle, telle un feu de Saint-Elme grandiose (et métaphorique). Les vents se levèrent, la houle secoua lourdement la coque… et la Vigie fut projetée par-dessus bord dans l’indifférence générale. Kypso étant malheureusement descendue par les cordages pour recevoir sa dose médicamenteuse, elle ne fût pas témoin de ce croc-en-jambe du destin à notre héros…

Le lendemain, le Capitaine nous annonça que l'on devait changer de cap pour nous diriger vers le détroit de Danahur. Un branle-bas de combat instantané s’en suivit, tout le monde se préparant à remplir ses devoirs. Lors d’une cérémonie chargée d’émotion, le capitaine remit solennellement à Kypso (elle avait un nom maintenant) son épée et son arc, lui affirmant haut et fort ' Nous te faisons confiance. Accorde-nous un peu de ta confiance'. L’elfe en sembla fort touchée et son regard autrefois si sombre semblait maintenant briller des étoiles observées cette nuit-là. Il annonça aussi que Legarto, l'elfe renégat, honni parmi les honnis, envoyait des navires contre nous. Il lui demanda de jurer de les aider, en échange de quoi tout l'équipage jura aussi de verser leur sang pour Elle. Une nouvelle alliance venait d’être conclue.

Un seul manquait à l’appel. Virgile La Vigie restait introuvable.
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La capture de l'elfe

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