« La victoire est un arbre qui pousse avec le sang des braves. Si on l'arrose avec le juste nécessaire, il pousse, il perce, il s'élève. Si on lui verse trop de sang, il se noie et le seul fruit qui tombera de l'arbre sera l'amère défaite. »
"Oui, oui Général!" s'entendit répondre Cédrick ...
"Mais où étiez-vous écuyer? Vous semblez émerger des volutes de quelques rêves! Je comprends que le sommeil se fait rare sur Dalryada, mais soyez à l'affut si vous ne voulez pas être renvoyé à la garde de stocks de pomme de terre!"
"Oui Général, ça n'arrivera plus" Mais où diable suis-je? Se demanda-t-il, et qui est cet homme accoutré des vieux habits de général Impérial ... Son visage me semble si familier! Suis-je encore en train de rêver?
"Donc, comme je te disais écuyer, l'Empereur Polignac a demandé à l'Armé Impériale d'annexer Dalryada et Tarra à notre Très Saint Empire, mais nous devons être conscients que ces ennemis que nous confrontons aujourd'hui serons nos concitoyens de demain ... Donc, trouvons une façon de limiter le nombre de morts ..."
Dalryada? Tarra? Les Iles du Griffon? Ces mêmes îles que moi-même, lors de ma jeunesse, j'ai participé de nouveau à la pacification? Mais alors, cet homme, ça ne peut être que Sargasse!
Et tout redevint clair, comme si j'avais réellement participé à cette campagne militaire, pierre angulaire de l'histoire de la Garde Impériale.
Nous avions commencé par un débarquement surprise sur l'Île de Tarra où nous avions subi que peu de résistance, c'était facile, un peu trop facile. Sargasse avait cette impétuosité typique des jeunes caporaux Impériaux, toujours assignés à la première ligne, envieux de cet honneur de survivre à ces charges héroïquement suicidaires où d'y mourir de sorte d'inspirer les scripteurs suivant l'armée au champ de bataille. Combien de fois, sans crier gare, Sargasse menait la charge dès que ses aides-de-camp avaient le regard ailleurs, les obligeant à pousser leurs montures au seuil de l'épuisement pour tenter de le rattraper et éviter qu'il ne soit submergé, sa conception de l'humour Impérial. "Cela vous garde sur vos gardes" s'amusait-il à nous rappeler ... Quel homme!
Mais tout aussi téméraire et intempestif qu'il était, c'était un visionnaire, il avait cette façon d'anticiper la guerre, que cela frisait la divination, ce que Sargasse s'amusait à entretenir comme préconception, au plus grand damne des représentants de la Dame.
C'est ainsi qu'il fit bâtir un port Impérial, nommé Torrance, pour lancer le plus grand débarquement militaire connu et mettre fin à la barbarerie de Dalryada, c'est que ces sauvages avaient besoin de la structure Impérial ... Pauvres brutes, ils ne savaient donc pas que nous leurs rendions service en les sortant de leurs trous boueux et en clarifiant leur sang en bridant leurs sauvagines? C'est qu'est l'ingratitude de ces sauvages!
Le matin du débarquement, Sargasse décida de reporter l'attaque. Mais la Bouche de l'Empereur, sale noble ne connaissant rien des choses de la Guerre, mais se disant la voix de l'Empereur, pressa Sargasse de mener l'assaut, le ciel était clair, la mer clémente ... Mais Sargasse ne la sentait pas ... "Quand c'est trop parfait, c'est qu'il y a quelque chose qui cloche!" Et mal nous en pris de ne pas avoir suivi le conseil de Sargasse, une terrible tempête frappa la flotte, dont la moitié sombra dans le bras de mer séparant les deux Îles, comme si un dieu païen de ces barbares à jupette lançait son ultime courroux envers la droiture Impérial ... Comment se dire un homme quand on se met à genoux devant un dieu, alors qu'on porte la jupe et supplier son aide? Un homme ne gagne que par sa force et non celle de son dieu ...
Trois mois à se remettre de cette sale tasse d'eau ... Tous changèrent leurs épées pour des marteaux et des rabots ... Tous troquèrent armure pour la chemise du charpentier ... C'est ainsi que la fourberie de la nuit frappa par cet incendie de Torrance. Les celtes, ne sachant gagner par l'honneur des armes, frappèrent par la couardise du feu et de la nuit. Mais lorsque tu mets le feu au nid de guèpe, assure toi du génocide, car n'en resterait qu'une qu'elle te piquera!
Replié stratégiquement sur Reikwald, Sargasse lança son assaut final sur Dalryada! Nous sommes en l'an 608!
Tel un raz-de-marée, l'Armée Impériale marcha sur les plages de Dalryada. L'écume était de cyan et de magenta avec ces reflets argents et dorés de nos cottes d'armes ... Ah, le prestige d'antan! Sur la plaine surplombant le sable rouge, se trouvait un champ de trèfles rouges ... Nous ne fîmes que le rendre davantage rouge avec le sang des Mac Duff ... Il en fut de même avec la plupart des clans de l'Est de l'Île ... Mais Sargasse épargnait la vie de tous qui avaient la brillance d'esprit de la demander ... En moins d'un an, la moitié de Dalryada était pacifiée ...
C'est ainsi, que les celtes, décidèrent de s'unir pour opposer, sur les plaines de Trelane, nommé ainsi pour un supposé héro d'antan de la mythologie Celte, un ultime combat, en unissant leurs neufs clans.
C'est le matin de cet ultime affrontement que mon rêve commence ...
Quel spectacle! Ces milliers de celtes, soutenus par les chants lancinants de leurs instruments de sacs et de flutes ... Je ne pouvais m'empêcher d'apprécier l'honneur et le courage qu'inspirait cette noble mélopée ... Nos deux armées étaient, de part et d'autres d'une plaine complètement couverte d'un dense brouillard ... Ainsi, nous nous voyions, la mort de l'autre, mais le terrain de nos combats nous étant soutirés par le caprice du tisseur de notre histoire à venir ...
"Écuyer, va me chercher une coupe de vin, j'aime commencer le combat avec l'ivresse de l'alcool qui rivalise avec l'ivresse du combat ..."
Je me retourne pour courir vers la tente du général, et alors j'entends le hennissement de la blanche monture de Sargasse, je me retourne, il m'offre un clin d'oeil espiègle et charge vers le brouillard ...
Il nous a tous pris au dépourvu!
Nous nous efforçons de le rattraper ... Il n'est qu'une ombre dans cette toile translucide ... Je me bats dans un rêve ... Pourfendant tous ces spectres portant ces jupes et cette fourrure ... Mais où est Sargasse? Le Cédrick contemporain prends le dessus sur l'alter-ego écuyer ... Je cris des ordres dans le chaos de l'invisible ... D'autant le bonheur d'avoir un peu de direction dans ce méandre translucide ... Je m'inspire de mon rêve précédant et forme la formation du soleil et ramenant vers moi les piquiers de la Garde Impériale et centrant les arbalétriers en leur centre et nous nous déplaçons vers la direction où nous entendions le cri de guerre de Sargasse "L'Empire est Honneur!"
"Le Griffon est terrassé!"
Un piquier venait de marcher sur la lance de Sargasse!
Étrange "Déjà-vu" Un cercle de piquier de la Garde Impérial m'entourant, au chevet d'un des plus grand héros de l'histoire de l'Empire ...
"Cédrick, ramènes l'Empire à son honneur d'antan ... Même si tu dois charger seul, dans l'inconnu, contre un ennemi te surnombrant ... L'Empire te suivra reconnaissant, désirant son honneur, sa gloire d'antan ... Mais ils doivent la voir, à ta mort défendant, pour croire qu'elle existe toujours ..."
Réveil. Noirceur. Sueurs. Conviction ...
