J'avais eu l'intention de veiller Morag une bonne partie de la nuit, pour m'assurer de son bien-être et de sa sécurité... mais une force presque indistincte m'attira plutôt dans ma chambre. Je savais qu'Il était là.
J'avais donc bordé la jeune fille, m'assurant de ne pas éteindre les quelques bougies qui brillaient dans la pièce... elle trouvait la Tour de Slemuda suffisamment inquiétante sans le noir lugubre qui y régnait les nuits sombres... Je sortis de sa chambre en refermant la porte doucement. J'hésitais un court instant: l'image de Morag en fuite m'apparaissant furtivement dans l'esprit. Je la chassais en bougeant la tête de gauche à droite. Elle souhaitait partir... Si elle quittait, c'était son choix. Elle suivrait désormais la voie qui était la sienne. Qui étais-je pour l'en empêcher, moi qui avait si souvent suivie des routes inconnues?
Je marchais lentement vers ma propre chambre, puis, de plus en plus rapidement. Comme si le sentiment d'urgence que la jeune femme ressentait se transmettait à moi, coulant dans mes veines et me donnant le tournis. Je me servis de l'un de mes mains, appuyée sur la pierre froide, pour longer le mur.
J'ouvris la porte de ma chambre à la volée. Je savais qu'Il m'y attendait.
L`homme sur le fauteuil avait un visage jeune, mais un regard rempli de sagesse et de connaissance. Il portait une barbe courte, déja blanche, et les cheveux mi-long et tout aussi blanc que la barbe.
Je ne lui accordais qu'un seul regard... je n'avais pas besoin de mes yeux mortels pour le "voir".
J'entendis, sans qu`il prononce une parole:
<<Je crois que tu me dois des explications Rébéka de Lowendal.>>
Je me dirigeais droit vers une grande besace laissée vide au bord de mon lit. Je la déposais sur celui-ci, commençais à l'emplir de vêtements chauds. Lorsqu'elle fut à peu près pleine, je jetais un regard circulaire sur la pièce. Non, je n'oubliais rien... ou plutôt si. Une dernière chose.
Je sentais un sentiment d'injustice, de colère et même de rage monter en moi. Son appel était de plus en plus fort, de plus en plus évident. Je m'accrochais à l'un des poteaux du lit pour ne pas hurler. Fermant les yeux un court moment pour reprendre le souffle qui me manquait, je plongeais ma main dans ma poche et y trouvais le médaillon des Douze.
D'un pas leste, quoique encore motivé par les sentiments puissants qui m'habitaient, j'approchais de l'homme. J'ancrais volontairement mes yeux dans les siens.
Il y avait un temps, jadis, où j'aurais plié. Il y avait un temps, jadis, où la venue du grand Darastrix Aurix aurait été suffisant pour me faire revenir, pour mieux m'appartenir. Ce temps, hélas, était révolu. J'en trouvais la confirmation dans les sentiments que je ressentais à ce moment présent: jamais auparavant, et malgré toutes les péripéties dramatiques vécues, je ne m'étais laissée dominer ainsi par de telles émotions.
Non, ce temps n'était plus.
Encore un pas vers cet homme, ce dieu qui m'avait laissé tomber une fois de plus. Une fois de trop.
Je déposais le Médaillon des Douze sur la petite table qui se trouvait à ses côtés et sans un mot de plus, je tournais le dos, la besace à la main et sortis de la pièce en claquant la porte.
Tout ce qui doit être sera.
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Rébéka dit la Capine
Chancelière d'Ozame
"Tout ce qui doit être sera".